Suspicion d’autisme

- Julie BOUCHONVILLE

Suspicion d’autisme

Faut-il partager une conviction personnelle ?

Parfois, l'on soupçonne un proche d'être autiste. Peut-être parce que l'on travaille dans le domaine et qu'on connaît un peu les signes, peut-être parce qu'on est soi-même neurodivergent, peut-être à cause d'un documentaire au terme duquel l'on s'est dit « mince alors, on ressemble mon cousin Kiwi ». 

Et dans ces cas-là, que faire ? 

 

Garder l'info pour soi, ou la partager ?

Avant de décider comment aborder le sujet se trouve la question initiale : est-ce que cela vaut la peine d'en parler ? Est-ce que quelqu'un, dans l'interaction, va y trouver un quelconque intérêt ?

 

On pourrait argumenter que toute information est bonne à prendre et que les gens, une fois informés d'un soupçon, peuvent encore en faire ce qu'ils veulent, mais à cela je réponds que le TSA a de grosses connotations négatives, et qu'il peut être déstabilisant pour une personne de changer la manière dont elle se voit elle-même. Il convient donc de se demander si la personne, ou ses adultes de référence le cas éventuel pourraient effectivement bénéficier de cette information, et donc si à l'heure actuelle elle est non seulement dans l'ignorance, mais aussi en souffrance à cause de cet état de fait.

 

N'oublions pas qu'il n'existe pas de traitement pour l'autisme, et que la prise en charge est basée sur la gestion des symptômes. Beaucoup d'adultes dont les symptômes ne sont pas trop envahissants se gèrent tout seuls, ou leur prise en charge pour un trouble proche — comme le TDAH — suffit à faire le taf, ou ils ont d'abord besoin d'une prise en charge pour un autre problème — comme un trouble anxieux — avant de penser à gérer quoi que ce soit d'autre. Envisager qu'ils soient autistes ne leur apporteraient donc pas d'avantage net.

 

D'où vient la légitimité ?

Compétence

Il convient aussi de nous demander qui nous sommes pour aller affirmer à des niveaux quel neurotype est le leur. Même les meilleures intentions du monde ne donnent pas tous les droits, et ne font pas de quiconque un expert. Vis-à-vis de ce dernier point, connaître un sujet ne suffit pas non plus ; la nuance que je fais repose sur des biais qui peuvent exister quand on s'intéresse à un sujet en amateur éclairé.

Par exemple, pour une personne qui n'est pas très bien renseignée, même un professionnel de santé, le TSA chez la femme et le trouble bipolaire peuvent être confondus en raison de similarités des symptômes (crises de colère, relations sociales compliquées, épisodes dépressifs, troubles du sommeil, phases d'intérêt intense pour un sujet…). 

Un amateur éclairé peut donc penser sincèrement être face à une personne autiste qui s'ignore, mais se tromper, et partager ses soupçons pourrait être une source de dérégulation pour la personne qui les recevrait. L'expertise ne s'improvise pas, et même si j'aime plaisanter en affirmant que les diagnostics devraient être délivrés par des conseils de paires plutôt que par des psychiatres, je ne pense pas qu'être autiste fasse de quiconque un expert du TSA. Quand on parle d'un spectre aussi vaste, une expérience individuelle est précieuse, mais insuffisante.

 

Pertinence

Quand bien même l'on serait un expert, est-il correct pour autant de donner son avis à quelqu'un qui n'a rien demandé, même si c'est pour lui faciliter la vie ?

Je ne pense pas qu'il y ait de règle absolue ici, plutôt qu'une longue série de cas par cas. Si je dois faire une généralité, je dirais néanmoins que souvent, l'information n'est pas bienvenue et ne sera pas bien reçue. Beaucoup de jeunes thérapeutes doivent, lorsqu'ils commencent, faire face à la terrible réalité que les gens autour d'eux ont tout un tas de mécanismes mentaux et émotionnels éclatés au sol, si mon lecteur me passe le terme technique, et qu'on ne peut pas dire en soirée « et sinon ce type d'attachement fréquent, tu l'as toujours eu ou ça date du divorce de tes parents ? » sous peine de ne vite plus avoir d'amis. 

Même si l'on voit  que quelqu'un est autiste, même si on pense que cela l'aiderait peut-être d'apprendre qu'il a le droit de porter des lunettes de soleil en intérieur si la lumière est trop forte, il nous faut donc nous demander si notre soupçon serait bien reçu. C'est d'autant plus délicat quand on ne suspecte pas un adulte, avec qui on pourrait avoir une conversation calme, mais bien un enfant. Dire à des parents que l'on pense que leur enfant est autiste est un excellent moyen de ne pas se faire réinviter au prochain dîner.

 

En un mot comme en cent, dire « hé, mais tu serais pas autiste, en fait ? », c'est plutôt impoli.

 

Conclusion

Mon lecteur l'aura comprend : je pense qu'il est très délicat de partager une suspicion de TSA avec un tiers, d'abord parce que ça ne lui sera peut-être pas utile, ensuite parce qu'il n'en aurait peut-être pas envie, et troisièmement, parce que la plupart d'entre nous n'avons tout simplement pas les informations utiles pour procéder à un contrôle à vue.

Il existe sans doute des cas particuliers où la conversation se passerait bien et l'information finirait par être utile, mais face aux nombreuses personnes qui nous ont laissé des commentaires ces derniers mois pour nous demander s'il serait pertinent d'aborder cette question avec proche, je ne peux que répondre que ça dépend, et encore, sans doute pas tant que ça.

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


2 comments
  • Je suis Aesh et je pense qu’il faut en parler quand un enfant TDAH s’enfonce dans son trouble. Depuis 3 ans que j’ai ce garçon dans ma classe, âgé de 7 ans, je le vois souffrir et acquérir un retard terrible au point de ne plus travailler en classe la plus grande partie du temps. Je vois son trouble empirer. Ses parents sont dans le déni.

    Monoir on
  • Bonjour, je suis coordinateur d’une Emasco dans la Marne et je trouve que ce sujet est important qd il y a des suspicions de TSA de la part des enseignants. Nous devons rester très prudents dans nos missions et nos actions. Nous sommes dans des rappels qu’il y a des médecins et des personnes qualifiées qui peuvent faire le diagnostic de TSA ou TND. Des familles, informées, par l’école peuvent faire des démarches si elles le souhaitent. De nombreux dispositifs existent comme les CAMPS, La PCO et les CRA. En tout cas, OUI, ce n’est pas évident déjà de faire la démarche et d’accepter que son enfant ait des besoins spécifiques. Il faut extrêmement être prudents et mesurés dans nos paroles. Je pense que vous auriez pu en parler dans votre article. Les spécialistes diagnostiquent mais pas nous. Bonne continuation à toutes et tous

    Vautrin on

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