La gestion des émotions Partie 2

- Julie BOUCHONVILLE

La gestion des émotions Partie 2

Norme pathologisante ou démarche éclairée ?

Après une longue entrée en matière sur les besoins émotionnels des enfants, autistes et neurotypiques, et les normes qui y sont associées, nous pouvons discuter les éléments de gestion et de contrôle associés dans le discours commun à ces émotions.

 

Apprendre aux enfants à gérer leurs émotions

Avant de décider qui le fait bien ou mal, il convient de se demander ce que ça veut dire au juste, « gérer ses émotions ». Je pense que la réponse peut varier selon les circonstances et les personnes, mais dans mon quotidien et avec mes clients, cela passe par plusieurs aspects :

– Reconnaître ses émotions, les identifier sans jugement

– Prendre la responsabilité de ce que l’on ressent, sans en faire le problème des autres (« Il s’est passé X, je me sens en colère, je vais prendre 10 min de pause pour me calmer et je reviens ensuite » plutôt que « C’est ta faute si je suis en colère, tu m’obliges à réagir comme ça, tu dois réparer le problème que tu as causé ! »)

– Être capable de laisser l’émotion suivre son cours dans le corps et l’esprit, et d’ensuite la laisser refluer (éventuellement avec un délai, c’est à dire être capable de reconnaître quand ce n’est pas le bon moment pour ressentir une grosse émotion, et pouvoir repousser ce moment à un futur proche mais pas immédiat) 

– Respecter que l’on ressente des émotions et que l’on veuille agir en fonction, sans pour autant leur attribuer de rationalité (par exemple, pouvoir faire la différence entre « je ne veux pas tester telle chose car elle me fait peur, et je n’ai pas envie d’avoir peur » et « j’ai décidé de déménager, ce qui me fait peur, et je peux respecter que cette peur existe tout en sachant que j’ai pris la bonne décision »)

 

En gros, « gérer ses émotions », c’est les reconnaître, les comprendre, et les réguler, sans tomber ni dans l’excès qui consiste à toutes les mettre sous le tapis ni dans celui qui revient à leur donner la place centrale en permanence.

Et bien sûr, ces aptitudes s’acquièrent avec de la pratique et une certaine capacité d’autoanalyse et de métacognition. On n’attend donc normalement pas la même chose de quelqu’un qui aurait 4, 14, ou 40 ans.

Gestion des émotions chez l’adulte

Il me semble intéressant de noter que de nombreux adultes ne gèrent pas grand-chose, soit que les émotions les envahissent, soit qu’ils sont convaincus qu’ils n’en ont pas, ou qu’elles n’impactent en rien leurs actions. On entend souvent dire que les adultes autistes ont du mal sur ce point, mais ce ne sont pas les seuls. Mon lecteur a sans doute déjà été confronté à des neurotypiques qui se vexent quand on leur dit que leur tarte aux pommes ne nous plaît pas ou que tel article n’est pas en solde, ou qui refusent une réorganisation par pur malaise face au changement et qui tentent de le légitimer en prétextant que leur méthode est de toute façon plus efficace alors que c’est faux.

Dans ce contexte, on peut à la fois mieux et moins bien comprendre l’attente qu’ont les adultes envers les enfants : d’une part, les enfants ont intérêt à être capables de gérer ce qu’ils ressentent, parce que les adultes autour d’eux ne peuvent s’occuper de plus que ce qu’ils ont déjà. Ils ont fort à faire avec ce qui se passe à l’intérieur d’eux-mêmes ; si on rajoute les émotions, en apparence irrationnelles, de quelqu’un d’autre voire de plusieurs petites personnes, autant péter les plombs tout de suite pour gagner du temps.

D’autre part, on pourrait arguer qu’il est hypocrite, et plutôt irréaliste, d’attendre de quelqu’un avec moins d’expérience et moins de capacités de réussir à faire quelque chose sans qu’on lui ait montré la marche à suivre, et sans qu’on en soit capable soi-même. D’autant plus si ce quelqu’un, comme on l’a mentionné précédemment, a une vie plus compliquée.

Mon lecteur peut avoir l’impression que je blâme les adultes ici, mais au fond, je blâme surtout le système qui crée cette situation : des adultes fatigués et pas équipés pour prendre soin d’une part d’eux-mêmes, qui se retrouvent à demander à des enfants de le faire mieux qu’eux. Personne n’est en tort, et tout le monde en pâtit.

 

Je laisse ici mon lecteur, pour aborder la semaine prochaine la question de la prescription : concrètement, face à une personne aux émotions immenses et compliquées, que fait-on ?

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


1 comment
  • Bonjour,

    Cet article est intéressant et soulève plusieurs questionnements. J’ai apprécié.

    Athi on

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