Identité, connaissance de soi et autisme Partie 2

- Julie BOUCHONVILLE

Identité, connaissance de soi et autisme Partie 2

Je retrouve mon lecteur, après une première partie la semaine dernière, pour discuter de la notion d’identité floue ou mal définie suite à diverses circonstances que la personne a pu traverser. Quand on ne sait pas bien quels traits de personnalité l’on a, le genre de personne que l’on est, est-ce bien grave ?

 

Quelles sont les conséquences ?

En soi, on pourrait penser que ce n’est pas bien méchant. Néanmoins, j’ai constaté que cela laissait les personnes vulnérables à une certaine forme de manipulation. Ne pas savoir qui l’on est, c’est être une proie d’abord pour les beaux parleurs, susceptibles de flatter dans un objectif intéressé. C’est aussi être sensible aux reproches malicieux formulés dans l’objectif de blesser. 

Seule une certaine connaissance de soi permet de comparer l’image dépeinte par un tiers avec ce que l’on sait, et de déterminer si elle fait au moins un peu justice à notre personnalité ou si elle est déraisonnable. 

Les personnes autistes ayant en plus plus de mal à identifier les mensonges, cela nous rend donc doublement vulnérables aux personnes mal intentionnées, et peut en outre nuire à notre confiance en nous quand nous prenons toute critique à cœur sans avoir la stabilité nécessaire pour ignorer celles qui n’ont pas d’importance. 

 

Comment faire pour savoir qui l’on est ?

Si cela peut rassurer mon lecteur, la question est vieille comme le monde et ne se résoudra certainement pas en un ou deux articles de blog. Je ne peux que lui proposer des pistes, et lui demander de partager les siennes s’il en a. 

J’encourage mes clients, avec un TSA ou non, qui mentionnent une identité floue à voir la découverte d’eux-mêmes comme un jeu. Quelqu’un qui a du mal à déterminer qui il est peut essayer des identités, des traits et des manières de fonctionner comme des costumes, jusqu’à trouver lesquels lui conviennent au quotidien. Cela implique à la fois d’être prêt à sortir de ses propres sentiers battus, à jouer le rôle de quelqu’un qui serait très curieux, par exemple, ou sociable, ou méticuleux, et aussi d’être à l’écoute de comment les émotions et le corps réagissent à ces manières de fonctionner : est-ce plaisant ? Confortable ? Amusant ? Est-ce que cela met mal à l’aise ou donne l’impression de se couvrir de ridicule ?

Il ne faut sans doute pas s’attendre à une félicité démesurée en réaction à un certain comportement, mais selon mon expérience, on sait qu’on a trouvé quelque chose qui nous convient quand cette manière d’agir et de fonctionner nous amène effectivement de la joie ou de la satisfaction. Parfois, ces sentiments sont difficiles à identifier ou même entendre, surtout pour les personnes qui ont été encouragées à « éteindre » certains comportements : intonations vocales, mouvements du corps, traits de caractère… Retrouver et se réapproprier une manière qui nous a attiré de l’attention négative par le passé est toujours compliqué.

 

Avec le temps, il va devenir moins nécessaire de tester des manières de fonctionner parce qu’on aura trouvé celles dans lesquelles l’on se sent bien la plupart du temps — même s’il est toujours possible de changer si l’on finit par moins apprécier la personne que l’on est. 

 

Tester des traits de personnalité, n’est-ce pas bizarre ou faux ?

Je pense que le sentiment de bizarrerie ou de manque d’honnêteté se déclare quand une personne, qui sait qui elle est, s’imagine en train de faire semblant d’être quelqu’un d’autre. Il y a quelque chose de l’ordre du mensonge à prétendre être quelqu’un de froid, sec et un peu pessimiste quand on est d’instinct pétillant, chaleureux et plein d’espoir, après tout. Mais quand on n’a pas ou peu d’information sur sa propre nature, y aller à tâtons est l’une des seules solutions pour trouver ce qui nous convient ; comme dans un magasin où l’on ne connaîtrait pas sa taille, la seule solution serait d’essayer les vêtements. 

Et ce n’est pas forcément bizarre, cela peut être vu comme une étape positive et amusante. Quand on ne sait pas qui on est au juste, on se retrouve devant un monde d’opportunités, et je ne peux qu’encourager mon lecteur à tester le plus possible de combinaisons, d’activités, de manière de penser et de façons d’aborder les autres, juste pour voir ce que ça donne et ce qu’il en pense. Avoir l’occasion de s’inventer, ou de se réinventer est un plaisir rare. 

En outre, il n’y a pas qu’une manière de fonctionner : beaucoup de gens ont une personnalité un peu plus extravertie quand ils sont avec leurs amis, par exemple, et un côté un peu plus pointilleux quand ils sont au travail. En plus des contextes sociaux, tout le monde n’est pas identique au réveil sans caféine, et plein de gens sont connus pour devenir effroyablement bougons quand ils ont faim — tout cela pour dire que les nuances sont les bienvenues.

 

Conclusion

J’espère avoir, avec cet article, proposé à mon lecteur au moins deux pistes de réflexion. D’abord, en lui amenant l’idée que s’il ignore le genre de personne qu’il est, ce n’est pas une fatalité. Ensuite, en lui suggérant qu’essayer des traits et des manières comme des chemises est une façon tout à fait acceptable de procéder pour trouver lesquels lui plaisent sincèrement. 

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


1 comment
  • Merci Julie pour ces post toujours intéressants et pédagogiques et sensibles.

    Moi, parmi mes centre d’intérêt spécifiques, il y a Wikipédia, le projet encyclopédique auquel j’aime vraiment beaucoup participer (depuis près de 25 ans). J’ai l’impression qu’il y a un nombre de personnes TSA et neuroatypiques très supérieur à la moyenne parmi les rédacteurs, correcteurs, etc. Je ne sais pas trop quoi faire avec cette idée, mais je me demande si ca ne mériterai pas un post.. Il y a un groupe de wikipédien qui se sont “catégorisés” personnes autistes, …mais plein d’autres ne le déclarent pas, pour des raisons qui les regardent et que parfois on peut comprendre. Je me dis qu’un jour ce serait bien de parler de ça

    J’y ai récemment ajouté un article (sur le mode wikipédien ; c’est à dire que cet article n’est pas mon avis personnel, mais une synthèse de ce que j’ai trouvé dans la littérature, scientifique, essentiellement) : camouflage autistique ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Camouflage_autistique ) , c’est un contenu (publié sous licence Creative commons : CC-BY-SA 4.0) que tu peux partager(simplement en citant la source, et alors sous la même licience) ou en faisant de courtes citation, et/ou sur lequel j’aimerai bien avoir ton avis (y manque t il des choses, il y a t il des choses à éclaircir, contient t il des erreurs ?

    Il y a aussi un sujet sur lequel j’ai commencé à travailler durant 2 ans environ, à titre perso, qui est un début de recherche sur ce que pourrait être le cahier des charges idéal d’un logement pour personne(s) autiste(s). J’ai un doc (non terminé avec un peu trop de doublons encore) que je partage volontiers et je cherche des gens pour le relire et l’améliorer (intéressée ? si oui me le dire)

    Deux autres sujets qui mériteraient d’être traité sur “Bien être autiste” je pense sont la scarification et la boulimie chez les personnes autistes (en faisant attention à l’ “effet Werther”).

    Parmi les sujets qui commencent à être évoqués, et sur lequel on a néanmoins peu de données et de retours d’expérience, il y a
    - l’autisme au 3ème âge ou au grand âge (quelle prise en compte dans les maisons de retraite par exemple, chez des personnes qui n’ont jamais été diagnostiquées)
    - l’autisme “à la rue” (chez les SDF, dans les squatts, etc.)
    - l’autisme dans la littérature (comme sujet du livre ou parce que l’auteur-trice est ou pourrait être avec TSA
    - quelle prise en compte de l’autisme (idéalement) par les forces de l’ordre, les avocats et la justice, quand la personne “coupable” ou “victime” est « avec TSA ? » (il y a un peu de littérature scientifique sur le sujet). Comment, le cas échéant, par exemple, lui rendre la vie en prison moins insupportable quand il y a comme souvent beaucoup de bruit, de promiscuité, des éclairages imposés, de la nourriture imposée, etc.).
    Idem quand il y a un interrogatoire, ou qu’une personne autiste doit porter plainte pour viol (j’ai vécu ça en tant que témoin-accompagnateur (tiers-aidant), un jour férié où la personne formée pour recevoir de type de plainte était absente) + passage obligatoire à l’Hôpital ensuite pour constats et prélèvements… (Moments bien difficiles).

    je ne suis ton blog que depuis quelques mois.
    peut être as-tu déjà traité ces sujets ou certains d’entre eux..

    FLorent

    FLORENT on

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