Comment se préserver de l'abus de faiblesse ?

- MARIADNE GUINARD

Comment se préserver de l'abus de faiblesse ?

Les personnes autistes font partie des personnes vulnérables. De par leur naïveté et une méconnaissance des codes sociaux, elles peuvent être fréquemment victimes d'abus de faiblesse. En quoi est-ce que cela consiste et comment s'en protéger lorsqu'on est autiste, notre article vous donne quelques clés de décryptage.

En quoi consiste l'abus de faiblesse ?

Sur le plan juridique, dans la loi : Labus de faiblesse est une infraction pénale définie par le droit français. Il consiste à profiter de la vulnérabilité d’une personne pour l’amener à accomplir un acte ou à s’abstenir d’agir contre son intérêt.

Définition juridique (article 223-15-2 du Code pénal)

Il y a abus de faiblesse lorsque :

·        une personne se trouve en état de faiblesse ou de sujétion (lié à l’âge, la maladie, un handicap, une déficience psychique, une situation de dépendance, ou une ignorance manifeste),

·        et qu’un tiers exploite sciemment cette situation,

·        afin d’obtenir un engagement préjudiciable : signature d’un contrat, don d’argent, renonciation à un droit, etc.

Exemples courants

·        Faire signer un contrat coûteux à une personne âgée atteinte de troubles cognitifs.

·        Obtenir des dons répétés d’une personne isolée et psychologiquement fragile.

·        Profiter de l’emprise mentale exercée sur un individu (secte, gourou, relation de dépendance).

·        Convaincre une personne malade ou en détresse de prendre une décision financière irrationnelle.

Points clés à retenir

·        La vulnérabilité doit être réelle et identifiable.

·        L’auteur doit avoir conscience de cette vulnérabilité.

·        Il doit exister un préjudice pour la victime.

·        La notion d’emprise ou de pression psychologique est souvent centrale.

Sanctions

L’abus de faiblesse est puni de :

·        3 ans d’emprisonnement

·        375 000 € d’amende
(peines pouvant être aggravées dans certains cas, notamment en bande organisée ou envers une personne particulièrement vulnérable).

Sur le plan du quotidien, le plan moral, affectif, psychologique (moins visible et moins sanctionnable) :

Il s'agit d'un abus d'une personne en difficulté physique ou psychique. Le fait d'arnaquer quelqu'un, de lui extorquer de l'argent parce qu'elle est âgée, ou psychologiquement vulnérable est un abus de faiblesse.

Il s'agit de quelque chose de problématique pour la personne autiste, car des personnes peuvent abuser de la confiance, ou de la faiblesse de quelqu'un sans que cela soit répréhensible.

Une personne autiste croit ce qu'on lui dit, et elle a du mal à se méfier des personnes, si sa vulnérabilité n’est pas reconnue, elle n’a pas de moyens d’agir pour se défendre sur le plan juridique. Pourtant, les personnes autistes sont souvent victime de manipulation, et cela peut être pour des faits qui ne sont pas ou peu visibles et qui leur cause des difficultés et des souffrances psychiques. Cette vulnérabilité est la cause d’un isolement social et affectif, ainsi connaitre ses forces et ses limites peut permettre de faire des rencontres sociales en se protégeant. Si les abus de faiblesse subits par la personne autiste sont trop peu visibles pour être sanctionnables, il existe néanmoins d’autres moyens de s’en prémunir, d’agir, et de réparer le tort subit.

Cet aspect du quotidien est plus pernicieux, car les personnes souffrent en silence, subissent des choses contre lesquelles elles ne peuvent pas se défendre, les individus qui abusent de cette faiblesse sans risquer la moindre peine, devraient être dénoncées et risquer au moins l’opprobre public et la reconnaissance des victimes. Afin de pouvoir protéger les autres et soi-même, il est urgent d’en parler et de faire savoir que l’abus de faiblesse existe au quotidien !

Comment se prémunir de l’abus de faiblesse en étant autiste ?

Les personnes autistes ne savent pas toujours s’y prendre pour faire des rencontres amoureuses, ou se faire des amis, la méconnaissance des codes sociaux peut les mettre en difficulté.

Ainsi, une personne qui va sur un site de rencontre croit littéralement à ce qui est écrit dans le profil, malheureusement il vaut mieux vérifier les informations avant de rencontrer la personne.

Bien que ce ne soit pas forcément naturel, il faut poser des questions et chercher à en savoir un peu plus sur quelqu’un avant de chercher à la voir en personne. Ce n’est pas simple lorsqu’on déteste les appels téléphoniques ou les conversations standards où on fait des questions-réponses qui sont toujours les mêmes. Néanmoins, il est crucial de le faire, même si cela semble ennuyeux et utilitariste.

  • La liste des questions à poser :

- Quelle est ta recherche sur ce site ?

- Es-tu célibataire depuis longtemps ?

- Quel est ton âge, ton travail, l’endroit où tu vis, et avec qui vis-tu ?

Bien sûr, il ne s’agit pas de faire passer un interrogatoire à chaque personne, mais avant d’aller plus loin et c’est valable aussi en amitié, il est utile d’en savoir davantage sur quelqu’un. En quelques phrases, il est possible de déceler les intentions de l’interlocuteur ou les problématiques liées à une situation.

Les conséquences de la non-protection de la personne autiste

L’estime de la personne autiste peut être fragile, ainsi elle peut décider trop précipitamment d’accepter quelque chose, d’accueillir quelqu’un chez elle, ou de se rendre dans un lieu avec un inconnu, ou de prêter un objet ou encore de rendre un service. Une personne avec un TSA peut se sentir seule, avoir du mal à se faire des amis ou avoir peur de ne jamais trouver l’amour, cela peut la pousser à accepter facilement des choses afin de se sentir utile, appréciée ou aimée. Le risque est qu’en voulant plaire, ou en voulant attirer l’attention, elle s’attire surtout de nombreux problèmes.

Il faut savoir que, quoiqu’il arrive, une personne sur le spectre de l’autisme est aussi respectable qu’une autre et elle ne doit pas se dévaloriser ou chercher à plaire en se soumettant, ou en acceptant l’inacceptable. Personne ne doit prouver sa valeur en donnant beaucoup trop ou des choses qu’elle ne désire pas vraiment.

Les risques sont de se faire voler de l’argent, ou des biens, de subir des abus ou des agressions sexuelles, ou encore d’être victime de harcèlement, de se sentir en danger et de devoir supporter une personne toxique dans son entourage ou encore de devoir gérer les problèmes de quelqu’un d’autre sans recevoir aucune aide en retour.

Ainsi, il est paradoxal de voir que de nombreuses personnes autistes en situation d’isolement ou de précarité se retrouvent à aider, à donner de leur temps ou à vivre sous l’emprise de quelqu’un sans tenir compte de ses besoins.

C’est la double peine, non seulement la société, et les difficultés propres à la personne autiste ne lui permettent pas de tenir compte pleinement de ses besoins, mais en plus, quelqu’un abuse de sa vulnérabilité pour en profiter et la mettre encore plus en situation de danger physique ou psychique.

Les risques sont nombreux et peuvent s’accumuler : violences physiques, problèmes de santé, risques psychologiques, risque de suicide, risque d’addiction ou de dépression.

Comment reconnaitre une situation inacceptable et comment agir pour s’en sortir ou aider une personne avec un TSA ?

Ce n’est pas parce qu’une femme rencontre un homme ou une femme qu’elle doit accepter ses avances sexuelles, de même pour un homme qui rencontre un homme ou une femme. Il est utile de se renseigner et de faire des recherches sur le consentement. Attention aux personnes manipulatrices, qui abusent de la gentillesse, de la naïveté ou de fragilités d’estime de soi, qui poussent à accepter des actes sexuels pour faire plaisir à l’autre. Attention aux jugements, aux tentatives de persuasions, qui tendent à rabaisser l’autre et ne pas la considérer comme une personne à part entière, mais comme un objet sexuel. Personne ne doit se voir obligé de répondre aux désirs de l’autre, quels que soient ses choix. Ainsi, quelqu’un qui accuse l’autre d’être frigide, ou de ne pas savoir ce qu’il veut, ne mérite pas l’attention et l’écoute, et, dans ces cas-là, il vaut mieux partir, ou demander à l’autre de s’en aller.

Lors d’un rendez-vous romantique, reposez certaines questions, et si la personne fait des choses qui ne correspondent pas à ce qu’elle vous avait dit par écrit, il vaut mieux partir. S’il était convenu que le rendez-vous se déroulait d’une certaine façon, mais que tout semble aller trop vite, ou que vous sentez que vous êtes en train de faire trop d’efforts ou de compromis, il vaut mieux également envisager de partir. Personne ne vous jugera si vous êtes méfiant ou sur la retenue, et si c’est le cas, cela signifie qu’il ne s’agit pas de quelqu’un de recommandable.

L’abus de faiblesse est sournois, car il utilise la flatterie et/ ou les reproches pour obtenir ce qu’il veut. Il s’agit d’un comportement grave, car il oblige l’autre à faire des choses, sans le forcer, donc sans risquer d’être accusé de viol ou de prise de possession des biens d’autrui. Si vous choisissez d’accepter un acte sexuel pour faire plaisir à l’autre en oubliant votre plaisir, ou vos besoins, il sera difficile de prouver que vous êtes coupable de manipulation. C’est pourquoi il est important de repérer les « red flags ».

Autant que possible, faites appel aux aides proposées par les assistantes sociales, les permanences gratuites de conseil juridique, faites appel aux CMP (centre médicopsychologique) qui peuvent proposer une aide psychologique d’urgence ; gratuite

Sur notre site vous pouvez consulter l’annuaire des professionnels de l’autisme, ou certains articles de notre blog qui donnent d’autres pistes pour aller plus loin et comprendre votre situation. 

En synthèse, que faire si vous êtes victime d’abus de faiblesse ?

-parlez à quelqu’un de confiance dès que possible

-Bloquez la personne et ne cherchez plus à la contacter ni à lui parler, car elle recommencera

- Notez tout dans un carnet afin d‘analyser la situation et repérer quels étaient les signes et comment faire pour ne pas retomber dans cette situation.

-Si vous avez accepté des choses que vous regrettez, s’il n’y a pas eu de violence, vous ne pourrez pas porter plainte

-Demandez conseil à une assistance sociale, juridique ou un centre médicopsychologique si cette situation vous met vraiment en difficulté

- Allez passer un test de dépistage des MST dans un centre gratuit et anonyme

-S’il s’agit de biens matériels, changez vos mots de passe, éventuellement vos serrures, faites en sorte de rompre les contacts avec cette personne et de signifier que vous ne donnerez plus rien

- Attention aux tentatives de flatterie, d’intimidation, d’accusation ou de culpabilisation, en général, vous n’avez rien à vous reprocher

- Tournez-vous vers une association ou un spécialiste de l’autisme, parlez avec d’autres personnes autistes de vos difficultés.

 

Distinctions des différentes notions proches et souvent poreuses dans leur définition

 

Infraction

Mécanisme central

Rôle du consentement

Critère clé

Exemple typique

Abus de faiblesse

Exploitation d’une vulnérabilité

Consentement vicié

État de faiblesse ou de sujétion

Faire signer un don à une personne âgée dépendante

Abus de confiance

Détournement d’un bien ou pouvoir confié

Consentement initial valable

Trahison d’une confiance

Utiliser l’argent confié pour un autre usage

Escroquerie

Tromperie intentionnelle

Consentement obtenu par mensonge

Manœuvres frauduleuses

Faux investissement, faux conseiller

Extorsion

Contrainte ou menace

Absence de consentement

Violence ou menace

Obtenir de l’argent sous menace

Harcèlement

Pression répétée

Consentement inexistant ou contraint

Répétition des agissements

Sollicitations incessantes

Manipulation mentale / emprise

Domination psychologique durable

Consentement altéré progressivement

Perte d’autonomie décisionnelle

Sectes, relations d’emprise


Nature du levier utilisé

·        Faiblesse interne → abus de faiblesse

·        Confiance préalable → abus de confiance

·        Mensonge organisé → escroquerie

·        Peur / menace → extorsion

·        Pression répétée → harcèlement

·        Contrôle psychologique → emprise


 Place du consentement

·        Libre, mais trompé → escroquerie

·        Libre, mais trahi → abus de confiance

·        Altéré par vulnérabilité → abus de faiblesse

·        Supprimé par contrainte → extorsion

·        Érodé dans le temps → emprise


Cas pratiques fréquents

Cas 1 : personne âgée isolée + signature de dons

Abus de faiblesse
(+ parfois escroquerie si mensonges)

Cas 2 : gestionnaire + argent détourné

Abus de confiance

Cas 3 : faux conseiller + placements fictifs

Escroquerie

Cas 4 : pression pour payer sous menace

Extorsion

Cas 5 : gourou + dépendance psychologique + dons

Abus de faiblesse + emprise + parfois abus de confiance

 

Pour toute question sur nos articles de blog, contactez la rédactrice à : juliebouchonville@gmail.com


1 Kommentar
  • Bonjour,

    Est-ce que les gens réfléchissent vraiment à tout ça quand quelqu’un d’autre leur dit bonjour ou veut échanger avec eux ?
    Est-ce qu’il y a vraiment un pan aussi inimaginablement vaste de la société et des interactions humaines qui m’échappe d’une manière ahurissante mais qui semble sauter aux yeux des autres quand je cherche à entrer en contact pour poser des questions ?
    Est-ce que tous mes propos sont analysés pour y détecter une tentative de tromperie ? Est-ce que ce message et ces questionnements seront analysés comme une tentative d’abus de confiance ou une manipulation mentale ?
    Faut-il être dans le doute permanent jusqu’à ce que l’autre finisse par vous demander de l’argent et montrer son visage d’escroc ?

    Je vous remercie pour vos articles qui me font prendre conscience que je ne suis définitivement pas fait pour les relations avec les autres. Je dois admettre que c’est parfaitement déprimant même si je suppose que toute prise de conscience est bonne à prendre.

    J’attends avec impatience un prochain article sur : “comment exprimer clairement notre incapacité à utiliser, comprendre et formuler ce genre de concept afin d’expliquer aux destinataires ce qui est attendu ?”.
    Et du coup, en appliquant un tel article, ne vais-je pas faire de la manipulation ? Un manipulateur ne sera-t-il pas alors capable de s’améliorer pour arriver à ses fins plus aisément ?
    A quel moment est-ce que ça s’arrête ? Est-ce en fait hors de portée ? Est-ce que la conclusion est que je devrais m’abstenir de parler aux gens parce que je passe pour un agresseur potentiel en disant bonjour simplement parce que je suis ce que je suis et qu’il n’est pas possible de passer outre ?

    Je dois admettre ne pas aimer la portée de ces pensées. Comment est-ce que les gens font pour arriver à supporter ça toute leur vie ? La vaste majorité des personnes ont-elles vraiment un super sens qui leur permet de démêler le vrai du faux et de limiter les questionnements au bout d’un moment ? A partir de quand est-ce qu’une zprosnne devient digne de confiance ? L’anonymat relations à l’anxiété sociale est-il en fait un frein à la confiance ?

    Athi am

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