Comment se sentir à sa place : partie 2
- Julie BOUCHONVILLE
Il y 2 semaines, nous avons déterminé ce que signifiait la notion d’être « à sa place ». Aujourd’hui, j’invite mon lecteur à considérer avec moi un angle plus pratique : comment est-ce que l’on atteint cela, au juste ?
Les différentes échelles
Différents types de rapports sociaux nous amènent différents types de relation et d’appartenance. Quelqu’un qui serait très actif en tant que bénévole dans une association, par exemple, et qui verrait l’impact de ses efforts autour de lui au quotidien sans pour autant ne jamais avoir une conversation plus profonde que « Je te ressers un café ? », pourrait sentir qu’il fait partie intégrante de sa communauté locale tout en ayant un besoin d’intimité qui n’est pas comblé.
À l’inverse, quelqu’un qui aurait plusieurs amis proches mais aucune activité génératrice de sens pourrait se sentir comme si sa présence ne changeait pas grand-chose au monde qui l’entoure.
Pour « être à notre place », il nous faut donc considérer plusieurs niveaux en même temps, et tâcher de travailler dans plusieurs dimensions. Lesquelles sont-elles ?
Se connecter au monde
Nous habitons dans un monde, je pense ne l’apprendre à personne.
Plus précisément, nous habitons en général un pays, une ville, un quartier. Se sentir à sa place, cela peut passer par avoir un sentiment d’appartenance à ces lieux qui nous entourent, et ce qu’on y vive de manière ponctuelle, par exemple dans un contexte de nomadisme où l’on revient sur les mêmes sites d’une année à l’autre, ou permanente.
On génère ce sentiment de plusieurs manières. D’abord, très simplement, en fréquentant des lieux. Si l’on va régulièrement travailler à la bibliothèque, se détendre dans un café préféré ou courir dans le même parc, on y ressent de la familiarité et une forme d’appartenance[1]. Aimer fréquenter un lieu est d’ailleurs la première étape pour désirer en prendre soin.
Ensuite, en participant à la vie de ces lieux, ce qui très vite implique une notion de tissu social, surtout si l’on vit en ville et que les lieux sont plutôt fréquentés. La vie d’un quartier, d’un parc ou d’une région est rythmée par des évènements sportifs, sociaux, culturels, saisonniers, etc., et par des besoins auxquels répondre.
Se connecter aux gens
Se connecter aux gens, c’est avoir des relations authentiques avec eux. Toutes ces relations ne se ressemblent pas forcément : on peut avoir une relation authentique bien que transactionnelle avec l’ami qu’on ne voit que pour aller faire du jogging, un échange sincère avec la personne devant nous à la boulangerie — pour peu que l’on ait réagi de la même façon à une mouette bizarre qui passait sur le trottoir, par exemple —, et un lien tendre vieux de plusieurs dizaines d’années avec un grand-père préféré.
Ce qui qualifie l’authenticité de l’échange, c’est qu’il est réciproque, c’est-à-dire que les deux personnes ont un investissement similaire et éclairé dans la relation, et qu’il valide l’humanité des deux partis. Même croiser le regard d’un inconnu au magasin et lui sourire parce qu’on est tous les deux en train d’apprécier la musique qui passe dans le rayon est une petite affirmation que oui, nous sommes tous les deux des personnes, nous avons tous les deux un monde intérieur, et notre attachement à « I feel like a woman » fait de nous des camarades.
Être à sa place, c’est avoir plusieurs types de relations et pouvoir apprécier la beauté de chacune. C’est avoir des amis proches à qui confier nos émotions les plus profondes, des membres de notre famille que l’on essaye de traiter avec respect[2], des connaissances dont on relève le courrier quand elles sont en vacances, des gens qu’on connaît de loin, des inconnus que l’on croise avec bienveillance.
Plus loin dans cette série d’articles, je détaillerai comment créer ces connexions authentiques, y compris avec des neurotypiques (incroyable, je sais).
La prochaine fois, nous terminerons cette exploration des échelles en considérant la question des valeurs et de comment elles donnent du sens à nos actions.
[1]Au sens où l’on appartient à ce lieu, comme un animal appartient à son biotope. C’est un sentiment comparable à celui de se sentir propriétaire, et en même temps, différent d’une manière fondamentale.
[2]Je parle ici de famille assignée, les familles choisies sont bien sûr plus riches en relations joyeuses.
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